Psychanalyse familiale

Initialement, les motifs de la thérapie familiale sont issus de préoccupations autour de la psychose. Elle s’applique plus largement aux familles en souffrance. Ces souffrances psychiques peuvent être liées à des deuils ou des événements traumatisant, ou encore à des conflits qui ne trouvent pas de solutions. Il s’avère que ces souffrances sont bien souvent la révélation d’un problème conjugal, affectif ou sexuel de communication. Cette communication se faisant sur un mode de fonctionnement régi par l’agir, il s’agira pour les thérapeutes de faire passer la famille sur un mode de fonctionnement fantasmatique régi par la parole, où la communication est plus fluide et l’accès à la symbolisation possible. Le travail psychanalytique familial se pratique avec un groupe familial en souffrance, qui rencontre de grandes difficultés relationnelles et des angoisses importantes liées à la différenciation et à l’autonomisation de certains membres de ce groupe.

L’approche psychanalytique du groupe famille se développe en France dans les années 1980. Mais déjà en 1921, dans Psychologie des masses et analyse du moi, Freud considère que si l’individu peut faire un travail personnel, il ne le fait jamais isolé de son groupe social d’origine, sa famille : « l’autre entre en ligne de compte très régulièrement comme modèle, comme objet, comme aide, et comme adversaire et de ce fait la psychologie individuelle est aussi d’emblée une psychologie sociale, en un sens élargi mais tout à fait fondé ». Dès la fin des années 1930, les psychanalystes parlent de « névrose familiales » (Lafforgue) ou de « symptômes familiaux » ou encore d’ « inconscient familial » (Lacan). En 1987, Didier Anzieu fonde l’Institut de Psychanalyse Groupale et Familiale.

Une famille est un groupe qui comporte un ensemble de personnes qui ont des liens de parenté et d’alliance. C’est à la fois le noyau familial, les parents et les enfants, et la famille élargie aux grands-parents, aux oncles et tantes, etc. Ce sont donc des individus avec des relations définies et une histoire commune. La famille est marquée par des rapports générationnels.

Si Donald Meltzer explique que la famille exerce plusieurs fonctions, des fonctions positives axées sur la bienveillance, et des fonctions toxiques où l’angoisse, le mensonge et la confusion sont de mise, Paul-Claude Racamier distingue deux types de famille :

  • la famille oedipienne sur la base du triangle père, mère, enfant, qui fonctionne avec des règles, des valeurs communes et des interdits, et notamment celui de l’inceste, et où la communication se fait sur un mode verbal, laissant place aux rêves, aux fantasmes et à la symbolisation ;
  • la famille antoedipienne, qui ne supporte pas la souffrance psychique et sera constamment dans la fuite du conflit oedipien, et rend impossible l’accès à l’ambivalence seule capable de supporter les conflits internes ou externes.

Les familles antoedipiennes fonctionnent en thérapie avec un transfert négatif qui peut se manifester de trois façons :

  • l’incestualité où les êtres, les places et les générations sont indifférenciés ;
  • la paradoxalité où les transactions, la communication se feront sur un mode paradoxal, les individus étant sans cesse confrontés à des injonctions paradoxales (« j’ai horreur de la solitude et j’angoisse de me retrouver en contact avec les autres », « J’ai horreur de la différence et je désire et crains la fusion »)
  • la tendance perverse narcissique où la peur de l’angoisse et du deuil sera déportée sur l’autre, en l’occurrence les thérapeutes.

Le cadre de la thérapie familiale est très important, particulièrement sur deux points :

  • la règle de séance bigénérationnelle : il y a au moins deux générations qui sont représentées à chaque séance ;
  • la présence de deux thérapeutes afin de faciliter la reconnaissance de la différence des sexes et pour éviter l’illusion groupale.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Besoin d'un rendez-vous ?