Psychologie de l’inconscient – Carl Gustave Jung


Psychanalyse / mardi, avril 4th, 2017

Cet ouvrage a été écrit et publié la première fois en 1916, puis remanié au fil de l’évolution de la théorie jungienne. Il résume assez clairement la pensée de Jung et permet en cela une première compréhension de la notion d’archétype à l’origine de son détachement de la théorie freudienne. Le livre est composé de huit chapitres dont je vous propose ci-dessous une recension.

Dès le premier chapitre, Jung reconnaît à Freud « le mérite immortel d’avoir jeté les bases d’une psychologie des névroses » (p.32). Avant Freud, « on ignorait le genre de filiation et les modalités du rapport de cause à effet qui reliaient l’âme d’un malade avec son symptôme » (p.33). Pour Jung, la personne qui souffre de troubles psychiques, « c’est de son âme, de son âme dans ses fonctions les plus élevées, les plus différenciées, les plus délicates » (p.31) qu’elle souffre.

C’est à la suite de la découverte de la doctrine « traumatique » par Breuer que Freud va fonder la psychanalyse : pour Freud, ce n’est pas le choc, le traumatisme lui-même qui est à l’origine de la pathologie, « ce sont des circonstances particulières, qui confèrent, pour un sujet donné, sa signification de choc émotif à l’événement traumatisant. Autrement dit, ce n’est pas le « shock » en soi qui est pathogène de façon immuable ; pour qu’il le soit, il doit rencontrer une disposition psychique particulière ; celle-ci, entre autres, peut consister dans le fait que le malade, inconsciemment, attribue au choc une signification spécifique » (p.39). Freud va petit-à-petit se détacher de la doctrine traumatique en découvrant qu’ « il existait, à côté des événements traumatisants de la vie, des perturbations de nature particulière, de nature érotique. Comme on le sait, le mot « amour » recouvre de façon extensible tout un monde qui va du ciel à l’enfer et qui embrasse en lui le bien et le mal, le sublime et l’abject » (p.40)

Jung pose une question : d’où provient ce qu’il y a de pathologique ? En réalité, on attribue à tort l’action pathogène au traumatisme. Celui-ci n’est « qu’une circonstance particulière, à l’occasion de laquelle se manifeste un élément psychologique dont la malade, jusque là n’avait pas conscience, à savoir un important conflit érotique ». (p.45)

« Dans la névrose, il y a deux tendances qui sont diamétralement opposées et dont l’une est inconsciente » (p.47). Les névrosés souffrent d’un conflit érotique : tandis que leur inconscient penche du côté de l’immoralité, le conscient souhaite rester fidèle à son idéal moral et va de ce fait nier l’inconscient. « La névrose, c’est la désunion existentielle en soi-même » (p.49).

Ce qui, pour Freud, est à l’origine du conflit érotique, ce sont les deux interdits fondamentaux que sont l’interdit de l’inceste et l’interdit du meurtre. Pour Jung, il n’est pas nécessaire d’aller si loin car il s’agit bien souvent d’une simple dérobade d’un sujet face à un problème, « cette dérobade est une réaction aussi naturelle et universelle que les motivations psychologiques qui la conditionnent, à savoir la paresse, la loi du moindre effort, la lâcheté, la crainte, l’ignorance et l’inconscience. Quand il y a quelque chose de désagréable, de difficile et de dangereux, en général on hésite, et, si faire se peut, on ne s’en mêle pas » (p.55).

Comme pour Freud, le rêve reste la voie royale de l’inconscient, « en apparence, le rêve manifeste ne procède en rien de l’accomplissement d’un désir ; il exprime plutôt une appréhension ou un souci, donc exactement le contraire de l’impulsion inconsciente que l’on soupçonne. /…/ nous savons qu’une certaine couche de l’inconscient détient toutes les réminiscences qui ont échappé à la remémoration et, en outre, tout ce qui, en fait d’impulsions infantiles, ne saurait trouver utilisation dans une vie plus adulte » (p.52-53). La méthode analytique permet l’analyse de nombreux rêves, rêves qui, « au cours du traitement, dévoilent successivement, en les faisant remonter à la conscience, les contenus de l’inconscient, qui vont, dès lors, se trouver soumis à l’action purifiante de la lumière ; au cours de ce processus, le sujet retrouvera plus d’un élément précieux qu’il avait cru à jamais perdu » (p.56).

Pour Jung, le symptôme névrotique « est comme une expression du côté méconnu de l’âme humaine » (p.57). La psychanalyse offre la possibilité de hiérarchiser les impulsions animales de ce côté inconnu, « les hiérarchiser et les intégrer au sein d’un ensemble plein de sens » (p.58)

Contrairement à Freud, Jung pense que chaque être humain porte en lui-même la morale, « car il ne faut jamais oublier – et il importe de le rappeler avec insistance à l’école de Freud – que la morale n’a pas été rapportée du Mont Sinaï sous forme de Tables de la Loi, et imposée de force aux peuples, mais qu’elle constitue une fonction de l’âme humaine aussi vieille que l’humanité elle-même » (p.59).

Dans les chapitres précédents, Jung, partant des théories freudiennes, a dégagé l’idée forte qu’en chaque être humain vit un conflit entre une morale interne et une part animale : « un pressentiment obscur nous avertit pourtant qu’ayant un corps, ce corps implacablement projette une ombre (comme tout corps), et que, si nous ne faisons pas entrer ce côté négatif de notre nature dans l’ensemble, nous ne sommes pas complets : si nous nions ce corps nous ne sommes plus des êtres à trois dimensions, mais des êtres aplatis et qui ont perdu leur essence. Or, ce corps est un animal, avec une âme d’animal, c’est-à-dire qu’il est un système vivant qui obéit de façon absolue à l’instinct » (p.64). Il y a deux sortes d’instinct : l’instinct de conservation de l’espèce et l’instinct de conservation de soi.

L’homme peut se détacher de son instinct animal, c’est ce qui le rend libre, mais c’est aussi ce qui est à l’origine de ses névroses. Jung assimile cet instinct animal à la volonté de puissance telle qu’elle est conçue par Nietzsche. Selon lui, cette volonté de puissance et l’Éros cohabitent en nous, comme deux démons intérieurs. « En réalité, la nature humaine est en proie à un combat cruel et sans fin entre le principe du moi et le principe de l’instinct ; entre le moi, qui est structure et limitation, et l’instinct, protéiforme et sans limites, ces deux instances étant, en outre, à égalité de puissance » (p.70).

Jung observe qu’il existe deux attitudes fondamentales chez l’être humain : l’introversion et l’extraversion. « L’introversion, chez un sujet normal, s’exprime par un naturel réservé, méditatif, facilement hésitant, qui ne se livre pas volontiers /…/. L’extraversion, chez un sujet également normal, s’exprime par un naturel prévenant, en apparence ouvert et obligeant, qui se plie aisément à toutes les situations nouvelles » (p.85). De même que vivent en nous l’Éros et la volonté de puissance, l’amour et la volonté de puissance qui créent du conflit et de l’énergie, de même les deux attitudes vivent en nous, « personne n’est uniquement extraverti, chacun au contraire possède les deux possibilités d’orientation, dont il n’a développé qu’une en tant que fonction d’adaptation » (p.104).

Jung nous explique que le moteur de notre volonté n’est autre que notre réflexion rationnelle. Or, « la vie, dans sa plénitude, tantôt obéit à des lois et tantôt leur échappe, tantôt elle est rationnelle et tantôt irrationnelle. C’est pourquoi la ratio et la volonté qui table sur elle n’ont de valeur et d’efficience que dans un périmètre limité. Plus la démarche choisie rationnellement prend de l’expansion, plus nous pouvons être sûrs que nous excluons des possibilités irrationnelles de vie » (p.94). Ce sont les civilisations qui conditionnent, canalisent nos énergies, qui rendent rationnelles nos existences, « l’œuvre civilisatrice est une sublimation d’énergies libres opportunément voulue et concentrée » » (p.96).

Selon Jung, « le transfert en lui-même n’est pas autre chose qu’une projection de contenus inconscients » (p.117). Il y a deux couches dans l’inconscient, un personnel et un impersonnel. Ce sont les images archétypiques qui le révèlent. « Les plus grandes et les plus belles pensées de l’humanité se forment à partir de ces images primordiales, qui sont comme autant de canevas de base. /…/ L’archétype est une sorte de disponibilité, de propension à reproduire toujours à nouveau les mêmes représentations mythiques, ou des images analogues » (p.125). Ces images primordiales, ces archétypes contiennent à la fois ce qu’il y a de meilleur et ce qu’il y a de pire chez l’être humain.

Jung distingue deux types d’interprétation des rêves, l’interprétation sur le plan de l’objet « dans laquelle les expressions du rêve sont tenues pour identiques à des objets réels » (p.149) et l’interprétation sur le plan du sujet « qui met en rapport avec la psychologie du rêveur lui-même chaque élément du rêve » (p.149). La première est analytique, elle décompose le contenu du rêve. La seconde est synthétique, elle détache des causes contingentes les complexes de réminiscences.

Pour Jung, il est nécessaire de « reconnaître l’irrationnel comme une fonction psychique /…/ et considérer ses contenus /…/ comme des réalités psychiques, car il s’agit de données efficientes, donc de choses réelles » (p.165). Grâce à la notion d’archétype, « l’influence magique ou démoniaque qu’on prêtait à autrui disparaît, puisqu’elle permet de ramener la sensation mystérieuse et angoissante à une grandeur immuable de l’inconscient collectif » (p.168).

Jung considère que « la plupart des rêves sont de nature compensatrice. Ils mettent en relief, dans chaque cas d’espèce, l’autre versant, en vue de maintenir l’équilibre psychique » (p.179). Jung explique un peu plus loin cette fonction de compensation du rêve : « la tendance inconsciente au progrès forme avec la tendance consciente régressive un couple de contraires qui se font pour ainsi dire équilibre » (p.187). Le rêve permet de compenser notre envie constante de régresser.

Pourquoi certains traitements stagnent-ils alors même qu’ils sont basés sur l’interprétation des rêves ? « Naturellement la stagnation au cours d’un traitement peut être le résultat de résistances du malade dues à d’autres causes, par exemple au fait que le patient se cramponne avec entêtement à des illusions périmées ou à des exigences infantiles. À l’occasion, au contraire, c’est le médecin qui ne sait pas faire preuve de la compréhension nécessaire » (p.192).

Jung nous met en garde sur la dangerosité de certaines thérapies qui ne sont pas suffisamment vigilantes. En effet, certaines névroses sont de véritables bombes à retardement, de même que certains traits de normalité cachent des psychoses latentes. Jung préconise d’avancer prudemment.

L’inconscient est avant tout dangereux pour l’individu lui-même, c’est pourquoi « l’attitude négative à l’adresse de l’inconscient, voire sa répudiation par le conscient, sont nuisibles dans la mesure où les dynamismes de l’inconscient sont identiques à l’énergie des instincts. Par conséquent, un manque de contact et de liens avec l’inconscient est synonyme de déracinement et d’instabilité instinctuelle » (p.198).

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